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Visite intérieure, la statuaire et les autels

Poutres à engoulants

Selon un schéma répandu dans maints vaisseaux des chapelles bretonnes, couvertes non de voûtes en pierre mais de lambris de bois, les poutres de Trémalo, de section octogonale, se terminent par des gueules monstrueuses qui semblent les avaler, justement nommées “poutres à engoulants”. L’épaisseur donnée par le charpentier à la partie insérée dans le mur est destinée à pallier les méfaits conjugués de la vermine et de l’humidité. Cette nécessité technique conduit à l’ornement en forme de gueules où se plante l’épieu du chasseur ancestral qui maîtrise sa proie. Les symbolistes y verront l’image des forces maléfiques jugulées par les spirituelles, une conjonction qui concourt à la stabilité de l’édifice. Ici, les figures monstrueuses des extrémités se doublent de celles qui sont sculptées dans le mitan des poutres. Pour ce qui est du tourillon qui pend au milieu de celle du choeur, il faut y voir une pièce faite pour suspendre un lustre qui a disparu.

Sablières ponctuées de masques d’hommes, d’animaux et de bêtes fabuleuses

La sablière confirme, comme la poutre à engoulant, le lien étroit de l’ornemental et du structurel. Le terme de sablière dérive du mot “sable”. Sable de carrière à gros grains que le maçon étale sur le plat du mur qu’il achève, avant de faire place au charpentier qui installe les pièces de bois,, les sablières, sur lesquelles s’assoiront les fermes de la charpente. Sur ces pièces fort utiles techniquement se grefferont, à l’occasion, d’épaisses planches plus ou moins ornées auxquelles on donne par extension le nom de sablières.
A Trémalo, à l’encontre d’édifices qui s’offrent en ce cas des cartouches baroques aux cuirs finement traités ou des scènes diverses, on reste dans la sobriété. Ni paysan de Pleyben appuyé aux mancherons de la charrue. Ni fossoyeur, ni veuve éplorée de La Roche-Maurice suivant un cortège funèbre. Pas, non plus, de voleurs audacieux, comme à Saint-Thomas de Landerneau... Modeste ouvrier, notre charpentier local se contente de ponctuer les longues lignes qui courent en haut des murs de la nef, de motifs isolés. Ainsi, une cinquantaine de reliefs s’égrènent au long des six travées avec des manques vers celle du choeur. Bien que sans lien évident entre elles, mais pour éviter une énumération fastidieuse, on regroupera leurs sujets sous quatre titres : le religieux, l’humain, l’animal et le fabuleux.

1. Le peu d’intérêt de notre charpentier vis-à-vis de la symbolique religieuse est évident. A peine cinq sujets sur cinquante. La grappe de vigne est un symbole encharistique en liaison avec la coupe de la Cène. Le pélican, évoqué par certains auteurs, bien qu’il soit sans ses petits, près de la troisième poutre du côté sud, rappellerait la légende du volatile qui se perce le flanc pour nourrir sa progéniture de sa substance, symbole du Christ qui nourrit les fidèles de sa substance. On remarque trois chérubins, visages d’enfants encadrés d’ailes. Dans le célèbre Traité des saintes images (“Historia sacrarum imaginum”), composé en 1570, à la suite du concile de Trente, Molanus, théologien de Louvain, appelle cette manière de représenter les anges “in imperfecta forma”, c’est-à-dire “de forme incomplète”. Plus près de nous, Louis Réau, éminent historien d’art contemporain, estimait que cette création, pourtant très répandue, n’était pas “très heureuse”. Mais il reconnaît que c’était là “le moyen le plus simple et probablement le seul qui permette d’évoquer les esprits ailés”... (“Iconographie de l’art chrétien”, Ancien Testament, p. 35).
2. L’espèce humaine inspire mieux la gouge de notre sculpteur. Dans ses masques, glabres, moustachus, barbus ou chevelus, on reconnaît l’étonné, le bourru, le suffisant, l’émerveillé, le béat aux oreilles décollées. Les bouches d’où sortent des feuilles passent pour symboliser la parole fleurie de l’éloquent. Les personnages en buste se succèdent. Un bonhomme, la main au chapeau, esquisse un salut. Un pêcheur empoigne un poisson vert à la nageoire caudale rouge. Les mains au menton indiquent le philosophe pensif . Les index qui écartent les commissures des lèvres, rappellent la mimique insolente de l’enfant qui se moque. Le registre de la moquerie s’augmente des jumeaux qui tirent la langue. L’inévitable acrobate est là, homme “renversé” où certains voient l’homme déchu que le Sauveur n’a pas encore remis dans sa posture normale... D’autres chroniqueurs plus prosaïques parlertont du pitre qui, narquois, exhibe sa “figure de campagne”. Mais qu’expriment donc les trois bougres qui lèvent les bras au ciel ? La stupeur, l’effroi, l’émerveillement ? ...
3. Les animaux, volatiles et quadrupèdes sont interprétés par l’animalier d’une manière qui amène un certain flottement dans les identifications. Le confirme Sophie Duhem qui subodore ici une “incompréhension des modèles originaux” de l’épopée animale (“Les sablières sculptées en Bretagne”, p. 215). La bête aux trois cornes du côté nord de la nef, est-ce une chèvre ? Le volatile qui joue d’une espèce de cornemuse à petite poche et bourdon unique est-ce une caille ? En revanche se reconnaît le loup, terreur de l’enfance, hantise campagnarde, à moins qu’il ne s’agisse de la docilité de la bête transformée en agneau par quelque saint breton, Hervé ou Thégonnec. Le coq et la poule de la basse-cour sont là. Le crapaud, animal crépusculaire, malgré laideur et maladresse, est mentionné, dans le “Dictionnaire des symboles” de Chevalier et Gheerbrant pour être en Occident un symbole royal et solaire, antérieur à la fleur de lis,
Certains motifs suscitent des interprétations divergentes. Le chien tient-il dans la gueule son os ou mord-il un pénis ? Sous le renard sont-ce serpents où anguilles échappées au “Roman de Renart” ? De toutes façons, les sources littéraires véhiculées et transformées par le folklore faisaient partie de l’inspiration de nos vieux “imagiers”. Ainsi, cocasse, Jeannot lapin se juche sur l’échine de l’épagneul,sonnant de la trompe, faisant un beau pied de nez au chasseur !
4. Le domaine fabuleux a ses monstres et ses hybrides parfois difficiles à définir. Disons d’abord qu’il n’y a guère ici de vrais dragons, honnêtement bâtis, dont la morphologie soit en rapport avec les quatre éléments feu, air, terre et eau. Leur gueule à ceux-là crache le feu, leurs ailes leur permettent de voler, leur queue de serpent les lie à la terre et leurs écailles à l’élément aquatique... En face de ces dragons traditionnels si communs ailleurs, les sept monstres de Trémalo se réduisent à des mâchoires hurlantes hérissées de crocs. Ils tirent la langue, ils esquissent un rictus. Le corps de ces monstres-là, quand il y en a, se réduisent à une queue enroulée, avec à l’occasion,une aile de pipistrelle.
Inspection faite, on en est assuré, les cinquante figures que nous venons d’évoquer n’ont guère de lien entre elles. Si certains y ont vu l’illustration des sept péchés capitaux, l’orgueil, l’avarice, la luxure, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse, c’est sans plus de précision. Accordons leur tout au plus que le chien dont nous avons noté l’ambiguïté, l’homme qui exhibe son fessier, les faces qui tirent la langue, un geste dont on connaît la connotation érotique, s’apparentent à la luxure. Mais, honnêtement, il ne semble pas qu’il faille aller plus loin. Où sont-ils l’orgueilleux, l’avare, le paresseux ? Accordons encore que tel visage rebondi désigne la gourmandise, mais nous n’avons pas ici les ivrognes hilares qui trinquent à Notre-Dame de Grouanec à Plouguerneau, et dont l’un agrippe la queue de la truie qui s’abreuve à la futaille.
Le sage Emile Mâle nous a naguère avertis : “Il ne faut pas chercher partout des symboles... Jamais nos vieux artistes ne furent aussi ingénieux que leurs exégètes modernes.” (Emile Mâle, “L’art Religieux du XIIIe siècle en France”, p. 64).
Ceci dit, si on ne connaît pas l’artisan des sablières de Trémalo, le commanditaire y a laissé sa marque. Mais, contrairement à la chapelle Saint-Maudez sur la même paroisse, où se signale Daniel Galliou, recteur de Nizon, à Trémalo, il ne s’agit pas d’un nom mais d’armoiries affichées près de la dernière poutre, à l’entrée du choeur. Celles des Du Plessis, déjà décrites au grand vitrail. Quant à l’écu voisin, mi-sculpté, mi peint, figure à quatre pattes or sur champ d’argent, il demeure énigmatique. Bertrand Quéinec l’ attribuant à Catherine de Botigneau, femme de Guillaume du Plessis, le décrit “d’azur à l’aigle éployé d’or”, ce qui ne correspond guère à ce que nous avons sous les yeux (“Nizon, histoire d’une paroisse rurale, au Pays de Pont-Aven” , tome I, des origines à 1789. 1992....” p. 139).

Trois autels appuyés au chevet

Le maître-autel
Derrière la table de communion, heureusement conservée, l’autel majeur, simple coffre de bois rectangulaire est rehaussé de volutes et de feuillages, peints au XIXe siècle. Si le motif central, un ovale sur fond bleu agrémenté d’une frise de fleurettes, a disparu, les étoiles qui demeurent semblent indiquer qu’elles encadraient quelque Vierge dérivée de la Médaille miraculeuse de la rue du Bac, à Paris.
Au centre de gradins lisses, le tabernacle aux chérubins a sa porte ornée d’un ostensoir en relief. Le dais d’exposition, quatre colonnettes torses à chapiteaux composites, a son fond agrémenté d’un second ostensoir, peint celui-ci, entre un beau vase de fleurs et un encensoir.
Les coffres blancs des autels latéraux, en forme de tombeaux, sont ornés, eux aussi, du grand ovale bleu aux étoiles dont le motif central a disparu.
Alors que l’autel du nord ne porte rien sinon deux gradins, celui du sud, dédié à sainte Anne, s’augmente d’une grande niche à colonnes lisses, au tiers inférieur orné de rameaux en bas-relief. Dans le cintre, deux chérubins soutiennent une couronne au-dessus du groupe sculpté de Sainte Anne éducatrice.

Huit statues partagées entre art savant et art rudimentaire

L’intérêt de la statuaire de Trémalo tient à ce que ses huit ”images”, selon le qualificatif des anciens, datant d’époques diverses, sortent de mains inégalement habiles. Certaines sont issues d’ateliers confirmés, d’autres portent la marque du naïf savoir-faire d’artisans locaux qui donnent dans le rustique.

1. Statue de Notre-Dame de Trémalo

Notre-Dame de Trémalo, “dame du ciel, régente terrienne”, a sa statue majestueuse dans le choeur, à gauche du vitrail, place d’honneur obligée du titulaire de céans. Sur la console à pans coupés teintée d’ocre rouge, qui la soutient se devine le monogramme M A (Marie). Modèle abouti, l’oeuvre est totalement étrangère au “masque d’hypnose de la Pietà de bois sculptée dans la solitude par le berger breton” ( André Malraux,“Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale”, p. 43). Sculptée au XVe siècle, la sculpture, en pierre tendre polychrome, a traversé le temps avec à peine une ébréchure au pied de l’enfant Jésus. Vu le matériau, on déduit que ceux qui l’ont commandée, se sont adressés à un atelier des pays de Loire dont la réputation n’était plus à faire.
Parmi les innombrables Vierges à l’Enfant aux variations quasi infinies qui peuplent la chrétienté, la Madone de Trémalo a son originalité. Visage grave comme celui de l’enfant, couronne royale incrustée de grenats et d’émeraudes, fleurons épanouis, anneau de l’épouse au majeur et non à l’annulaire, la Vierge est richement vêtue. Tunique rose serrée haut à la taille, ample manteau bleu flottant, pan festonné retenu dans la main droite, geste charmant de la dame qui soulève le tissu pour faciliter sa marche. L’occupation gracieuse de cette main exclut la tenue du sceptre royal ou du lis virginal, chère à d’autres représentations. Un tel parti rend Notre-Dame de Trémalo proche du fidèle, tout comme, porté sur le bras gauche, le bambin joueur, qui tire à lui le voile de sa mère. Autre geste de tendre familiarité, la menotte posée sur le fruit que tient la nouvelle Eve, la pomme, fruit qui rappelle la chute originelle. Quant au coeur de métal accroché là, c’est un pieux ex-voto postérieur à la statue.
Majestueuse et familière, cette statue d’importation n’est pas passée inaperçue dans la région. S’en trouvent des répliques, dues à des ouvriers locaux, dans des chapelles proches, au Moustoir en Rosporden , à Trémorvézen en Névez. La parenté de ces oeuvres se décèle aux détails mentionnés plus haut, la couronne, le fruit tenu conjointement par la mère et l’enfant, le pan de manteau relevé, le bord du voile agrippé par le Jésus... La différence consiste en ce que les émules enfilent une tunique sur le petit qui reste nu dans le modèle original. Ajoutons, au sujet de ces pieuses répliques, la moindre vigueur dans le maniement de l‘outil, le traitement de l’ensemble. La rusticité des plis est notable à Trémorvézen.

2. Statue de saint Etienne

La place de saint Etienne, à droite dans le choeur, seconde place d’honneur après celle de la Vierge, atteste que le diacre “protomartyr” a joui autrefois d’un culte particulier à Trémalo. Sa statue est juchée sur une console moulurée ornée d’un écu muet destiné à être peint car on ne voit aucune trace d’arasement de blason supprimé. En bois polychrome, notre Etienne accuse une certaine facture rustique qui ne facilite pas la datation. Mettons-là du XVIIIe siècle...
Le saint est vêtu d’une dalmatique de coupe peu classique qui couvre une aube où le peintre a figuré les dentelles florales de l’ancienne paramentique. En main droite le martyr soutient, faite du repli de la dalmatique, la poche débordante des cailloux de sa lapidation. Son poing gauche est curieusement fermé.
Très honoré jadis dans l’Europe entière, Etienne est fêté au lendemain de Noël, le 26 décembre. Il est souvent associé à Laurent, car depuis fort longtemps tous deux sont entrés dans la seconde liste de saints de la prière eucharistique tridentine.

3. Statue de saint Laurent

Posée sur le gradin à droite de l’autel nord, saint Laurent, en bois polychrome, mais de meilleure facture que son homologue, fait partie des productions ordinaires du XVIe siècle. Ample chevelure bouclée, il est revêtu de la longue dalmatique rouge classique du diacre aux plis droits bien calculés, passée sur une tunique blanche dont on devine l’encolure et les poignets. Le manipule pend au bras gauche tandis que la droite brandit le gril, instrument du martyre de celui qui fut livré aux flammes à Rome en 258. Sa fête, le 10 août, coïncidant avec des pluies d’étoiles filantes a donné naissance dans certains cantons de Bretagne à l’expression “tourmand sant Laurant”, la tourmente de saint Laurent, pour désigner un phénomène atmosphérique qui n’a pas manqué de frapper nos anciens attentifs aux signes du ciel.

4. Statue de saint Corentin

Près du même autel à gauche, posé sur le gradin, saint Corentin, bois polychrome de bonne facture, peut remonter au XVIe siècle. L’absence du poisson de sa légende est un gage d’ancienneté.
Tunique blanche, chape bleue, mitre courte, le saint qui a perdu sa crosse bénit de la main droite. On ne reconnaît le patron du fondateur du diocèse de Quimper que par le titre peint ultérieurement sur le socle.

5. Statue de saint Léger

Saint Léger, est à gauche de l’autel sud sur une console sculptée d’un large masque. En bois polychrome, XVIIIe siècle (?), c’est, à Trémalo, le meilleur représentant du style rudimentaire. Le personnage, tonsure monacale, revêt la chasuble rouge. Le geste des mains qui s’écartent est celui du célébrant qui, à la messe invite les fidèles à la prière : “le Seigneur soit avec vous” attendant la réponse : “et avec votre esprit”.
Saint Léger avait été éduqué par son oncle, l’évêque de Poitiers. Il introduisit la règle bénédictine au monastère Saint-Maxence en 653, avant de devenir évêque d’Autun en 659.
Au sujet du culte dont il est l’objet ici, on peut supposer que les deux jambes de cire, des ex-votos signalés dans la réponse du recteur Kergoat à l’enquête épiscopale sur les chapelles consacrées à la Sainte Vierge vers les années 1830, étaient placées devant sa statue. L’hypothèse avancée se déduit de ce que l’on voit dans la chapelle Saint-Léger de Riec-sur-Belon, où bras, jambes et figurines humaines de cire accompagnent encore la statue de “Sant Leyer”, représenté en évêque, avec la chape, la mitre et la crosse.

6. Groupe de sainte Anne avec la Vierge.

Autel sud, niche centrale, bois polychrome, XVIIe siècle, sainte Anne est vêtue d’une tunique brochée d’or serrée à la taille. Un voile bleu semé de fleurs descend des épaules et couvre ses genou. Le fichu de tête et la guimpe sombre sont caractéristiques des représentations médiévales des aïeules. Assise, sans qu’on ne voie rien du siège qui la soutient, Anne entoure du bras la Vierge adolescente, debout en longue tunique blanche. Son index pointe une ligne dans la page du livre ouvert sur ses genoux. De son côté, Marie, tournée vers le fidèle, semble inattentive à cette invitation à la lecture. Sa main serre un paquet de feuilles, comme le fait l’enfant impatient qui veut passer à un autre chapitre ou à une autre image que celle proposée par le maître. On peut voir aussi dans le geste une invitation pressante faite par celle qui donnera naissance à Jésus : “ Ma mère, tournez donc la page de l’Ancien Testament, le Nouveau va bientôt s’ouvrir”.
A comparer la sainte Anne de Trémalo aux “Sainte Anne Educatrice”, si nombreuses en Bretagne, on reconnaîtra à la nôtre un caractère unique inattendu assez étonnant .

7. Statue de sainte femme, baptisée “sainte Madeleine”

A droite de la niche d’Anne et de la Vierge, sur une console à larges pans, la statue de sainte femme, bois, XVIe siècle, bonne facture, passe pour être sainte Madeleine. Vu l’absence du vase à parfum, inséparable de la fameuse pécheresse, l’attribution demeure aléatoire. Longs cheveux, certes, mais rien dans une main droite qui se tend, et livre grand ouvert dans l’autre... La confusion de Madeleine avec quelque autre sainte femme que nous ne saurions nommer, vient sans doute du fait que la chapelle abritait jadis, selon le “Bulletin Diocésain d’Histoire et d’Archéologie” (1938, p. 45), “un vieux tableau présentant le Christ et deux saintes femmes dont l’une est la Madeleine”.
La polychromie de la sculpture a été réalisée de façon fantaisiste. Le léger manteau bleu agrafé au col a son revers blanc semé de mouchetures qui se veulent être des hermines. Quant au rouge du voile qui tombe en tablier agrémenté de plis savants, il s’étale de façon inadéquate sur la tunique serrée à la ceinture.

8. Le grand crucifix qui inspira le “Christ jaune” de Gauguin

Voici, enfin, le grand crucifix de bois de la fin du XVe siècle, pendu dans l’ écoinçon qui s’évase au-dessus du quatrième pilier nord, reposant sur un blochet où se devinent les reliefs d’un motif mutilé. “Le Christ de Gauguin”. Il se détachait naguère sur la blancheur du mur chaulé et rechaulé au long des saisons, irradiant la pénombre de la chapelle. C’est dans une telle atmosphère, luminescence fascinante dans l’irradiation irréelle d’un sanctuaire quasiment inviolé, que le supplicié sublime attira l’attention de Paul Gauguin, en 1889. “Christ jaune” dont le célèbre peintre a transcrit les yeux, sinon fermés, du moins baissés. Que ce soit sur la toile de 1889, conservée à l’Art Gallery de Buffalo, aux Etats-Unis, avec pour horizon la colline Sainte-Marguerite, que ce soit dans l’ “Auto portrait” de 1890, acquis par le musée d’Orsay, où le crucifié se reflète dans le miroir.
Mais quel est donc le pieux rapin qui a, et quand ? repeint le visage, changeant l’allure de ce qui fut naguère, avec des yeux grands ouverts et plus malades que souffrants :
“Cernes rougis, repeints sur les paupières closes”.
Le bois gravé par Claude Huart, inséré dans “ Rires et pleurs de l’Aven” de Xavier Grall (1975), ainsi que les photos numériques de notre ami Joël Lubin témoignent de l’état actuel. C’est à cette polychromie “post-gauguin” que la récente restauration, qui a supprimé le large titulus aux initiales I N R I, s’est reférée.
A la fois hiératique et paisible, membres décharnés et raidis, bras levés tirant sur les clous, pied droit posé sur l’autre selon une tradition constante, visage calme incliné, tête coiffée de la couronne d’épines que n’a pas gardé Gauguin, pagne court et serré... rien que de commun entre le Christ de Trémalo et d’innombrables autres grands crucifix d’église.
De cette sculpture anonyme, on rapprochera des oeuvres choisies dans la région : Loctudy, Ploéven, Plozévet (chapelle de la Trinité), Plusquellec, Quéménéven, Trégunc. Le Christ qui se rapproche le plus de celui deTrémalo est à Notre-Dame de la Joie, à Penmarc’h.

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